Interdites en Europe depuis l’apparition de la maladie de la vache folle, les farines animales pourraient demain refaire leur apparition pour certains types d’élevages. C’est cette fois le Conseil national de l’Alimentation qui s’y dit favorable. Un avis qui intervient quelques mois après que la Commission européenne ait appelé à un allègement des mesures de sécurité en vigueur actuellement.

Retour sur une psychoseOn se souvient des images de vaches incapables de marcher et de l’abattage massif des troupeaux contenant une bête suspecte d’être atteinte d’encéphalopathie spongiforme bovine (ESB) (ou

maladie de la vache folle) comme on se rappelle des ravages de la nouvelle forme de la maladie de Creutzfeld-Jakob apparue en 1996 en Angleterre. A l’époque, les projections sur le nombre de cas avaient déclenché une véritable psychose : la viande anglaise et la viande bovine en général avaient souffert d’un profond désamour de la part des consommateurs. Diverses mesures (abattage des troupeaux contaminés, interdiction des farines animales) avaient été prises afin d’éradiquer cette maladie. Résultat, en 2009, seuls 67 cas positifs avaient été décelés dans l’Union Européenne, contre plus de 37 320 au plus fort de l’épizootie en 1992.Cette situation avait conduit l’Union européenne à parler d’une éradication de l’ESB et l’avait amené à proposer la fin de l’abattage systématique des troupeaux suspectés de contamination, jugeant que ces bêtes “pourraient être vendues pour autant qu’avant leur entrée dans la chaîne alimentaire, ils soient soumis à un test de dépistage dont le résultat est négatif“ et la reprise des farines animales, à condition d’éviter tout risque de cannibalisme (il ne sera pas possible de nourrir une espèce avec des protéines de la même espèce – par exemple nourrir un porc avec des protéines de porc). Cette dernière proposition est aujourd’hui reprise par le Conseil national de l’alimentation.Une raison sanitaire ou économique ?Le Conseil national de l’alimentation est une instance consultative qui rassemble des représentants des consommateurs, des autorités de santé, des producteurs agricoles, des industriels de la restauration, de la distribution… nommés par arrêté des ministres de l’agriculture, de la santé et du Secrétariat d’Etat au commerce. Sous la tutelle du ministère de l’Agriculture, cette instance se dit aujourd’hui favorable à la levée de l’interdiction des farines animales pour le secteur de l’aquaculture dans un premier temps. Puis “dans un deuxième temps, et après un bilan bénéfices/risques, extension éventuelle à l’alimentation des porcs et des volailles“. L’interdiction persisterait pour les élevages bovins. Le CNA recommande également une “communication renforcée en direction des consommateurs“.Pourquoi un tel empressement de réintroduire ces farines animales dans l’alimentation des élevages ? Outre une situation sanitaire apaisée, rappelons que cette interdiction de l’utilisation en complément de la ration alimentaire (2 à 3 %) coûte cher car ces protéines sont remplacées par des protéines végétales (essentiellement du soja) et que les farines animales sont des déchets qu’il faut éliminer (brûler généralement). Parallèlement, certains producteurs jugent que l’importation de viande de pays qui les utilisent (Etats-Unis et Argentine) induit une concurrence internationale déloyale. Pourquoi prendre un tel risque ?Pour les associations écologistes, le jeu n’en vaut pas la chandelle. Premièrement, elles sont inquiètes quant à la réelle traçabilité de la filière des farines animales, rappelant que durant l’interdiction certains fabricants britanniques avaient utilisé des filières pour écouler leur marchandise en Belgique ou en Hollande. Deuxièmement, elles craignent que ces décisions ne soient le résultat de pressions des entreprises qui ne savent actuellement pas quoi faire de leur stock de farines, assimilées à des déchets.Par ailleurs, le député européen José Bové propose que l’Europe produise elle-même les protéines végétales dont elle a besoin. Pour cela, selon lui, “il faudrait remettre en cause les accords de Blair-House signés en 1992 et par lesquels l’Europe a accepté de limiter son soutien aux cultures de protéine végétale et s’est engagée à importer du soja américain sans droits de douane. Avec une meilleure utilisation du colza et une reconversion de seulement 7 % des surfaces en céréales, on pourrait réduire nos importations de protéines animales de 41 %“.Et vous que pensez-vous du possible retour des farines animales dans l’alimentation des animaux d’élevage ? Venez-vous exprimer sur nos forums. David BêmeSources : Séance du 31 mai 2011 –

Diaporama “Protéines animales transformées“Blog de José Bové –

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